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Lorsque dans sa présentation publique de 1968 à Stanford, Douglas Engelbard présente pour la première fois au public une interface graphique exploitant une métaphore de bureau pilotée avec une souris, il révolutionne l’usage de l’informatique.
Cette souris sera exploitée par Xérox, achetée par Apple qui l’adoptera pour le Lisa (1983) et la démocratisera grâce au Macintosh en 1984. Elle sera gérée par l’interface graphique de Microsoft (Windows 1.0) dès 1985 mais ne sera pleinement exploitable dans tous les logiciels qu’à partir de la version 3.1 (1992), Les deux roues crantées de la version initiale seront remplacées dans la version grand public par une boule elle même progressivement remplacée par un capteur optique. Le bouton de validation sera lui même rejoint par un bouton de validation alterne (clic droit). La souris, designée, gadgetisée, est aujourd’hui l’objet banal par excellence.
Pour gérer des contenus trop grands pour l’affichage, on avait imaginé une “fenêtre” ouverte sur le document, fenêtre que l’on pouvait déplacer à sa surface. La métaphore de l’ascenseur était née et des flèches placées de part et d’autre de barres indiquant la position de la “cabine” permettaient de la déplacer. Lorsque le bloc figurant la cabine descend, le texte visible par la fenêtre, monte. Des versions plus évoluées des interfaces graphiques ont activé un contrôle rapide du défilement par manipulation directe de la cabine de l’ascenseur. Les flèches étaient alors moins utiles. Avec le nouveau millénaire sont apparues des souris porteuses de molettes actionnant directement le défilement sans avoir à manipuler la cabine de l’ascenseur. Faire rouler avec le doigt la molette vers soi descend l’ascenseur et donc, monte le texte.
Les ordinateurs portables ont introduit de nouveaux dispositifs de pointage pour remplacer une souris peu pratique lorsque l’on ne dispose pas d’une surface plane de taille suffisante. Après maints essais (trackball, micro-joystick…), le trackpad (pavé tactile) s’est généralisé. La conception d’une nouvelle génération de trackpads dits « multi-touch » (capables de détecter plusieurs points simultanément), a démultiplié les gestes de pilotage (pincements ou écartements, balayages à 1, 2 ou 3 doigts, rotations) inaccessibles désormais simplement à la souris et sa molette. L’arrivée des iPhones et iPads (et des téléphones et tablettes qui s’en sont inspirés) a popularisé ces nouveaux gestes qui, images de la modernité, ont remplacé la souris jusque dans les génériques des émissions de télévision et les publicités.
C’est un nouveau paradigme qui est en train de s’imposer. L’interface se simplifie, les “objets” informatiques sont directement manipulables (c’est cette même évolution qui fait le succès du tableau numérique) toutes les métaphores qui ne sont plus indispensables doivent disparaître, au premier rang desquelles celle de l’ascenseur. Pourquoi manipuler la cabine avec une molette lorsque l’on peut directement faire glisser le texte d’un geste des doigts sur l’écran ou sur un trackpad externe sans fil ? De fait, c’est toute l’interface de commande de l’ordinateur qui est en train de se modifier. Pour lire la suite d’un texte, je ne glisse plus ma fenêtre vers le bas, je pousse la feuille vers le haut. La nouvelle version du système mis en place par Apple cet été va également dans ce sens.
L’ordinateur s’efface au profit de la tablette comme le montre l’évolution du marché de ces 2 produits sur l’année écoulée (les ventes d’ordinateur se sont tassées de 3 % là où celles de tablettes ont triplées depuis le début de l’année). Dorénavant, votre ordinateur, y compris votre machine de bureau s’utilisera donc comme une tablette, et sur une tablette, il n’y a pas de souris !
Article tiré du site : http://www.connectice.org/spip2
Rubrique:
Éditorial